La fausse teigne ne s’attaque presque jamais à une colonie forte : elle ravage les cadres et les hausses que vous venez de stocker après la récolte. En quelques semaines de chaleur, une pile de hausses oubliée dans un local fermé peut être réduite à un enchevêtrement de soie et de déjections. La bonne nouvelle, c’est que la protection repose sur trois gestes simples : traiter vite après l’extraction, stocker au frais et à la lumière, et renouveler le traitement tant que les températures restent douces. Voici comment procéder concrètement.
Qu’est-ce que la fausse teigne ?
Derrière ce nom se cachent deux papillons nocturnes dont les chenilles se nourrissent de cire, de résidus de pollen et surtout des cocons laissés par les générations de larves d’abeilles.
- La grande fausse teigne (Galleria mellonella) : la plus destructrice. Ses chenilles creusent des galeries profondes dans la cire et rongent même le bois des cadres pour y tisser leurs cocons.
- La petite fausse teigne (Achroia grisella) : plus discrète, elle abîme surtout la surface des rayons mais peut suffire à rendre des cires inutilisables.
Leur développement est fortement lié à la température. Entre 29 et 33 °C, un cycle complet se boucle en cinq à six semaines. En dessous de 10 °C, l’activité s’arrête presque totalement. C’est exactement pour cette raison que la période à risque va de la fin de la récolte jusqu’aux premières fraîcheurs d’automne.
Comment reconnaître une attaque de fausse teigne
Les signes sont faciles à identifier une fois qu’on les connaît. Inspectez vos cadres stockés au moins une fois par mois et cherchez :
- Des fils de soie tendus entre les rayons ou le long des montants du cadre, comme une toile d’araignée grossière.
- Des galeries creusées dans l’épaisseur de la cire, souvent recouvertes d’un tunnel soyeux.
- Des déjections noires en petits grains, accumulées au fond de la pile ou sur le plancher.
- Des chenilles blanchâtres à tête brune, de quelques millimètres à près de trois centimètres.
- Des cocons blancs collés au bois, parfois dans de petites cuvettes creusées dans le cadre lui-même.
Si vous trouvez ces traces sur un cadre encore dans la ruche, le vrai problème n’est pas la teigne mais la faiblesse de la colonie : une population dense couvre et nettoie ses rayons toute seule.
Pourquoi les cires brunes sont les plus vulnérables
Toutes les cires ne se valent pas face à la teigne. Les chenilles ont besoin de protéines pour se développer, et elles les trouvent dans les cocons et les restes de pollen. Résultat :

- Les vieux cadres de corps, bruns ou noirs, ayant élevé plusieurs générations de couvain, sont les cibles prioritaires.
- Les cadres de hausse à cire claire, qui n’ont jamais reçu de couvain, résistent bien mieux mais ne sont pas épargnés s’ils contiennent du pollen ou des traces de miel.
- La cire gaufrée neuve, stockée à plat et au frais, ne présente presque aucun risque.
Profitez de cette hiérarchie pour trier au moment du stockage : les cires les plus foncées partent au recyclage de la cire, les cadres encore sains sont conservés, et les plus abîmés sont remplacés par des cadres de hausse neufs.
Les trois méthodes de protection qui fonctionnent
| Méthode | Efficace sur les œufs ? | Durée de protection | Point de vigilance |
|---|---|---|---|
| Mèches soufrées (dioxyde de soufre) | Non | Environ 3 semaines | À renouveler tant qu’il fait doux |
| Congélation à -12 °C | Oui, tous les stades | Jusqu’à recontamination | Volume de congélateur limité |
| Stockage frais, aéré et éclairé | Préventif | Toute la saison | Nécessite un local adapté |
1. Les mèches soufrées, la solution de référence
C’est la méthode la plus utilisée en France pour les volumes importants. On empile les hausses sur un plancher plein, on suspend une mèche allumée dans un diffuseur sous le couvre-cadres, et on ferme la pile hermétiquement. Le dioxyde de soufre dégagé tue les chenilles présentes.
Trois règles à respecter absolument : ne jamais brûler de soufre sur une ruche peuplée, ne jamais laisser la mèche en contact direct avec la cire, et renouveler l’opération toutes les trois semaines environ. Le soufre ne détruit pas les œufs : sans deuxième passage, les larves écloses reprendront leur travail. Vous trouverez les mèches et les diffuseurs adaptés dans notre gamme dédiée au traitement contre la fausse teigne.
2. Le froid, radical sur les petits volumes
Un passage de 48 heures à -12 °C élimine tous les stades du parasite, œufs compris. C’est la solution idéale pour quelques cadres de valeur ou pour désinfecter un lot suspect avant de le ranger. Laissez les cadres revenir à température ambiante avant de les remettre en pile, sinon la condensation favorisera les moisissures.
3. Le stockage aéré et lumineux, la meilleure prévention
La teigne fuit la lumière et les courants d’air. Un local frais, sec, clair et ventilé rend vos hausses peu attractives sans aucun produit. En pratique, on croise les hausses en quinconce pour laisser passer l’air, ou on les sépare par des grilles à reine.
Stocker ses hausses après la récolte : la marche à suivre
- Laissez lécher les hausses par les abeilles pendant 24 à 48 heures après l’extraction. Un cadre sec attire beaucoup moins la teigne qu’un cadre poisseux de miel.
- Triez : cadres sains d’un côté, cires brunes ou déformées à fondre de l’autre.
- Nettoyez les propolis et les résidus, et rangez votre matériel de miellerie propre et sec dans la foulée.
- Traitez dans les jours qui suivent, sans attendre les premiers signes. Une pile traitée le jour même vaut mieux qu’une pile inspectée trois semaines plus tard.
- Contrôlez toutes les trois semaines jusqu’à ce que les températures descendent durablement sous 10 °C.

Les erreurs qui coûtent des cadres chaque année
- Stocker des hausses non léchées : le miel résiduel fermente et attire les papillons.
- Empiler dans un local chaud et fermé : un grenier en août est un incubateur idéal pour la teigne.
- Ne traiter qu’une seule fois : sans second passage, les œufs survivants relancent le cycle.
- Oublier les cadres de corps mis de côté lors des visites : ce sont les plus riches en cocons, donc les premiers ravagés.
- Attendre le printemps pour vérifier : à ce stade, les dégâts sont faits et irréversibles.
Protégez votre matériel dès la fin de la récolte
La fausse teigne se combat avant l’attaque, pas après. Une fois la récolte du miel terminée, quelques heures de tri, de nettoyage et un traitement bien conduit suffisent à sauver un parc de cadres qui représente plusieurs centaines d’euros.
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