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Conseils apiculture

Colonie faible avant l’hiver : faut-il réunir deux ruches ?

Infographie des 4 étapes de la réunion de deux colonies d’abeilles par la méthode du papier journal

Une colonie trop faible en septembre ne se refait pas toute seule. La réponse courte : si une ruche compte moins de quatre cadres couverts d’abeilles, qu’elle n’a plus de couvain ou que sa reine est défaillante, mieux vaut la réunir à une colonie saine que de la nourrir en espérant un miracle. Deux colonies faibles maintenues séparément meurent souvent toutes les deux. Voici comment décider, et comment procéder sans perdre d’abeilles.

Reconnaître une colonie qui ne passera pas l’hiver

La visite d’automne, entre fin août et début octobre selon la région, sert exactement à cela : trier. Chaque ruche se juge à l’ouverture, en comptant les cadres réellement couverts d’abeilles et non les cadres présents dans le corps.

Les 4 signaux d’une colonie d’abeilles trop faible pour passer l’hiver : cadres couverts, couvain, provisions et reine
Un seul signal isolé ne condamne pas une ruche. Deux signaux réunis, si.

Quatre indicateurs se vérifient en quelques minutes :

  • La population. En Dadant, une colonie qui couvre moins de quatre cadres n’a pas assez de corps pour former une grappe capable de tenir sa température. C’est le critère le plus déterminant.
  • Le couvain. À cette saison, ce sont les abeilles d’automne, à longue durée de vie, qui vont porter la colonie jusqu’en février. Une ruche sans couvain en septembre n’a plus de relève.
  • Les provisions. Il faut compter de 12 à 15 kg de réserves selon le climat. Soupesez l’arrière de la ruche : une ruche légère est une ruche à surveiller.
  • La reine. Un couvain en mosaïque, des cellules de mâles au milieu du couvain d’ouvrières ou une absence totale de ponte signalent une reine défaillante, voire absente.

Réunir ou nourrir : comment trancher

Toutes les colonies faibles ne relèvent pas de la réunion. La bonne question est de savoir ce qui manque : des abeilles, ou du sucre. Une colonie populeuse mais légère se nourrit. Une colonie légère et dépeuplée se réunit.

Situation constatée Ce qui manque La bonne décision
6 cadres couverts, réserves faibles, reine qui pond Des provisions Nourrir au sirop d’automne, sans réunir
3 cadres couverts, un peu de couvain, reine correcte Des abeilles Réunir à une colonie forte
Population correcte, pas de couvain, pas de cellules royales Une reine Réunir, ou introduire une reine si la saison le permet
Colonie bourdonneuse (ouvrières pondeuses, couvain de mâles bombé) Rien à sauver en l’état Ne jamais réunir : secouer la colonie loin du rucher

Un point de calendrier compte autant que le diagnostic : la réunion doit être faite avant la formation de la grappe d’hiver. Passé la mi-octobre dans la plupart des régions, les abeilles ne circulent plus assez pour ronger le papier et se mélanger correctement.

La méthode du papier journal, étape par étape

C’est la technique de référence, parce qu’elle règle le seul vrai risque de l’opération : la bagarre entre deux colonies d’odeurs différentes. Le papier impose un délai de 24 à 48 heures pendant lequel les deux populations s’habituent l’une à l’autre.

Infographie des 4 étapes de la réunion de deux colonies d’abeilles par la méthode du papier journal
La réunion se prépare en une visite et se contrôle huit jours plus tard.

Le matériel à préparer

Rien d’exotique : votre enfumoir allumé et bien chargé, un lève-cadre et une simple feuille de papier journal. Une cage à reine est utile si vous préférez conserver quelques jours la reine retirée, en nucléus de secours, plutôt que de l’éliminer. Le reste du matériel de renforcement des colonies sert aussi à cette période de l’année.

Les cinq étapes

  1. Choisissez la ruche qui reste en place. C’est la colonie la plus forte, celle dont on garde la reine, l’emplacement et le plancher. La faible viendra se poser dessus.
  2. Supprimez la reine de la colonie faible. Deux reines dans une même ruche, ce sont deux reines qui se tuent, avec un risque réel de perdre la bonne. C’est l’étape que l’on ne peut pas sauter.
  3. Posez la feuille de journal sur le corps de la colonie forte, et percez-y trois ou quatre petits trous à la pointe du lève-cadre pour amorcer le passage des odeurs.
  4. Posez le corps de la colonie faible par-dessus, refermez, et n’y touchez plus. Réduisez l’entrée pour limiter le risque de pillage pendant l’opération.
  5. Rouvrez au bout de huit jours. Le journal doit être rongé et les confettis évacués devant la planche d’envol. Vous regroupez alors les cadres occupés dans un seul corps et retirez le corps vide.

Les trois cas où il ne faut surtout pas réunir

  1. Une colonie malade. Réunir, c’est transmettre. Une colonie chargée en varroa ou suspecte de loque contaminera la colonie saine. Traitez d’abord, réunissez ensuite : la question du traitement des colonies se règle avant la fusion, pas après.
  2. Une colonie bourdonneuse. Quand des ouvrières pondeuses se sont installées, la réunion échoue et déstabilise la colonie receveuse. La seule issue est de secouer les abeilles à une trentaine de mètres du rucher et de récupérer le matériel.
  3. Deux colonies faibles entre elles. Additionner deux ruches de trois cadres donne rarement une colonie viable. Mieux vaut réunir la faible à une colonie forte, quitte à sacrifier une unité de production.

Après la réunion : les trois semaines qui décident de l’hivernage

La colonie issue de la réunion redevient une colonie normale, avec les besoins d’automne de toutes les autres. Complétez ses réserves tant que les températures permettent encore la prise de sirop : au-delà de 12 à 14 °C environ, elles descendent trop peu pour vider un nourrisseur. Un nourrisseur adapté à votre format de ruche et un sirop d’automne suffisent à passer le cap ; plus tard dans la saison, le candi prend le relais.

Deux réglages complètent l’opération. Resserrez le volume avec une partition pour que la grappe n’ait pas à chauffer des cadres vides, et posez un réducteur d’entrée, qui limite à la fois le pillage, très actif à cette saison, et les visites de souris. Ces gestes prolongent notre guide pour optimiser ses ruches pour l’hivernage.

Réunir deux colonies n’est pas un aveu d’échec, c’est un arbitrage : une ruche de moins à l’entrée de l’hiver, mais une colonie forte au printemps, prête à démarrer sur les premières miellées. Retrouvez le matériel utile à cette période dans notre rayon au rucher, et si vous hésitez sur le sort d’une ruche précise, écrivez-nous : décrivez ce que vous avez vu à l’ouverture, nous vous dirons quoi en faire.

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